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Dans cet épisode, nous avons le plaisir de recevoir Carlos Moreno, urbaniste et directeur scientifique de la Chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation à l’IAE Paris-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Il est le concepteur de la ville du ¼ d’heure et du Territoire de la ½heure. Imaginer une ville où chacun(e) puisse accéder à l’essentiel à pied, à vélo ou en transport en commun.
Mais Carlos, c’est avant tout un parcours humain hors du commun. Arrivé en France comme réfugié colombien, sans réseau ni repères, il a reconstruit sa vie pour devenir l’une des voix les plus influentes de l’urbanisme mondial.
Aujourd’hui, sa pensée dérange autant qu’elle inspire, au point de faire fait l’objet d’attaques complotistes virulentes et d’une mise sous surveillance policière. Il en parle sans filtre.
Dans ce nouvel épisode, on explore aussi son nouvel engagement la ville du soin (éditions de l’Observatoire, mars 2026) : au-delà de la proximité des services, comment nos villes et nos territoires peuvent-ils garantir le bien-être de leurs habitants ?
“Tout le monde à l’heure, personne n’a du temps”
Carlos est né à Cali, en Colombie. Dans une rue qui appartenait à tout le monde, où les adultes jouaient aux dominos sur le trottoir, où les enfants grimpaient aux arbres pour cueillir les fruits en rentrant de l’école. Une ville de quartier, vivante et connectée.
À 20 ans, il arrive à Paris comme réfugié. Il reconstruit sa vie, fait des mathématiques, de l’informatique, de la robotique. Puis, peu à peu, une conviction s’impose : la technologie seule ne peut pas reconfigurer nos villes face aux grands défis.
Il se tourne alors vers quelque chose de plus humain. Et formule ce constat sans concession sur nos vies modernes :
“On perd nos vies pour les gagner.”
La ville qui nous rend malades
Nos villes ont été pensées pour la voiture. Les zones résidentielles d’un côté, le travail de l’autre, la culture ailleurs. Et pour passer de l’une à l’autre, il y a l’autoroute. Ce modèle a un prix. Des trajets quotidiens interminables qui éloignent les parents de leurs enfants, des particules fines,“les sucres de la ville”, comme les appelle Carlos que l’on respire sans s’en rendre compte. Sans parler de la charge mentale et de solitude de plus en plus croissantes dans nos sociétés modernes.
“On a produit des villes qui nous rendent malades.”
La proximité comme résilience
Pour Carlos Moreno la ville du quart d’heure, c’est l’antidote. Une ville polycentrique, où les services essentiels, école, médecin, épicerie, espace vert, lieu de travail sont accessibles à pied ou à vélo. Pas une ville où l’on est enfermé dans son périmètre.
Une ville où l’on choisit de ne pas traverser toute la métropole pour vivre. Mais là encore il ne réduit pas la ville à une question de 15 mn, c’est seulement un marqueur qui nous permet d’envisager une ville de la proximité.
Carlos a même inventé un mot pour ça : la Proxilience : la proximité comme meilleure résilience face aux crises climatiques, énergétiques et sanitaires.
Ce concept s’applique partout : des grandes métropoles aux villes de 5 000 habitants comme Tréport-sur-Seine, en passant par les 260 000 habitants de la communauté de communes de Béthune-Bruay.
Au-delà de la proximité : la ville du soin
Son nouveau livre, La ville du soin* (éditions de l’Observatoire, mars 2026), va encore plus loin. Avoir tout près de chez soi ne suffit plus. Encore faut-il aller bien dans son corps et dans sa tête.
Carlos pose alors la question autrement : et si nos territoires avaient une responsabilité directe sur le bien-être de leurs habitants ? Et si la ville était non seulement fonctionnelle, mais soignante ?
“Prendre soin, ce n’est pas uniquement ne pas être malade. Il faut au-delà de guérir, bien se porter.”
Nous avons parlé de :
- Anne Hidalgo : ancienne mairesse de Paris, qui a popularisé et mis en œuvre le concept de ville du quart d’heure à l’échelle parisienne
- Valérie Pécresse : présidente de la région Île-de-France, qui a adopté le concept sous le nom Île-de-France des 20 minutes
- Jan Gehl : grand urbaniste danois contemporain, auteur de La vie entre les bâtiments (1971) et Cities for People (2010), dont Carlos a écrit la préface de son livre en anglais
- Jane Jacobs : urbaniste et militante américano-canadienne, figure tutélaire de l’urbanisme humain, auteure de Mort et vie des grandes villes américaines (1961)
- Bruno Latour = philosophe et sociologue français, cité pour sa réflexion sur « le monde où l’on vit et le monde dans lequel on vit »
- Serge Zaka : agro-climatologue français, cité comme exemple de scientifique et pour ses travaux sur le climat
- Pedro Sánchez : Premier ministre espagnol, dont le gouvernement a lancé la stratégie Territoire des 30 minutes pour les zones rurales espagnoles
- Olivier Gacquerre : maire de Béthune, dont le projet de territoire basé sur la proximité couvre 132 communes et 260 000 habitants
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L’article La ville du quart d’heure : de la proximité au soin avec Carlos Moreno est apparu en premier sur Daily Green – La Nature en ville.
